Interview de Marco le marqueur, premier rôle dans le sketch de Romain, facilitateur graphique (1/3)

En 2012, j’ai participé à Rupture douce, ouvrage collaboratif rédigé en mode agile proposant de multiples pistes pour manager et collaborer autrement. C’est dans cet ouvrage que Marco le marqueur a pris la parole pour la première fois, interviewé par Laurent Sarrazin. Je vous propose aujourd’hui de faire sa connaissance. Comme Marco est un peu bavard, ce billet est le premier d’une série de 3 articles.

Welcome Marco Le Marqueur

Laurent Sarrazin : Bonjour Marco. Tu es donc le marqueur favori que Romain vient d’utiliser pour « croquer » ma conférence avec toute ta tribu d’autres marqueurs. Le résultat est fantastique. Je retrouve les idées fortes et le flux de ma conférence. Le tout illustré de manière synthétique. Comment t’y prends-tu avec Romain pour arriver à ce résultat ?

Marco Le Marqueur : Bonjour Laurent. Tout est une histoire d’écoute, je me laisse guider par ce que synthétise Romain. Je suis à la fois connecté sur son cerveau droit, qui laisse libre cours à la créativité visuelle, et son cerveau gauche, qui structure. J’ai une place privilégiée, car je me retrouve au carrefour de ses deux cerveaux qui luttent pour prendre le plus de place mais qui, au final, travaillent mieux ensemble grâce à moi.

La clé est de rester concentré sur le propos de l’orateur et donc d’être en écoute active permanente.
Marco Le Marqueur

Quand nous sommes en enregistrement graphique d’une conférence, il faut les faire cohabiter pour qu’ils s’expriment chacun au maximum. Comme cette régulation est exigeante, la clé est de rester concentré sur le propos de l’orateur et donc d’être en écoute active permanente.

C’est un exercice passionnant, car il invite aussi à mettre de côté ses biais personnels. L’idée est de rester fidèle à ce qui est dit (c’est-à-dire sans filtrer ou interpréter) et de rendre visible l’impact des idées, leur importance, et leurs liens. Évidemment, plus la personne qui s’exprime est douée et possède des qualités oratoires développées, plus c’est simple pour nous. La principale difficulté est de trouver les connexions entre les idées quand les orateurs ne les explicitent pas, ce qui arrive souvent.

Le rythme, les impulsions verbales, les conjonctions de coordination, le poids de certains mots sont des aides précieuses que nous devons capter pour retranscrire les idées clés, l’intention de l’orateur et la structure globale du propos. Il arrive aussi qu’avec les formes que je trace et les couleurs que je pose sur la feuille, je facilite l’émergence d’une représentation de l’information. Je suis un peu « canaille », car certaines de mes suggestions de formes peuvent évoquer des idées ou des informations qui ne font pas partie du discours.

Romain reste en alerte permanente sur lui-même et sur le flot de paroles. Dans tous les cas, nous gardons notre calme pour nous adapter à toutes circonstances et accueillons toutes les idées sur le papier.

Comment vous préparez-vous ?

Pour l’enregistrement graphique, Romain contacte les orateurs le plus tôt possible par courrier électronique ou par téléphone. Nous demandons toujours la trame principale, les idées-clés et surtout les métaphores qu’ils pourraient employer et qui sont de vraies pépites à réutiliser… ou pas, car certaines induisent en erreur (par exemple quand elles ne sont pas appropriées au contexte ou quand elles ne sont pas exploitées pour développer le propos).

Certaines fois, les orateurs ne répondent pas ou, parce qu’ils n’ont jamais travaillé avec un facilitateur graphique, ils nous donnent des informations qu’ils n’évoquent pas oralement mais qui sont implicites ou sous-entendues pendant la conférence. Dans tous les cas, nous étudions le sujet en amont notamment sur les mots récurrents et les termes forts. Quand en plus nous pouvons trouver des représentations visuelles, nous les pratiquons pour être prêts le jour J.

Dès qu’il commence à réfléchir à comment dessiner, c’est là que ça se gâte et que j’en bave (au sens propre du terme).

Quel que soit le niveau de préparation préalable, nous savons que nous devrons improviser, car les orateurs ne récitent pas, ils improvisent eux aussi leurs formulations. Toutes les opportunités sont bonnes pour répéter un trait, une forme. Nous faisons donc fréquemment des répétitions. Au petit-déjeuner avec les copains, dans les séances de coaching, etc. Et ça marque ! Je me considère plutôt ouvert sur la feuille et prêt à tout dessiner.

C’est à Romain de développer sa mémoire musculaire par la répétition de dessins. Après tout, je suis capable de tout représenter ! Dès qu’il commence à réfléchir à comment dessiner, c’est là que ça se gâte et que j’en bave (au sens propre du terme). Il y a encore beaucoup de dessins que nous n’avons pas aboutis (des fois j’étais à sec, c’était de ma faute), mais cinq minutes d’entraînement par jour nous font progresser.

Pendant que je prends un repos bien mérité au chaud dans sa trousse douillette, je sais aussi que Romain observe plus attentivement le monde qui l’entoure et qu’il vole des pictogrammes sur tous les supports qu’il croise : magazines, publicités, créations artistiques, graphismes, etc. Je lui confirme assez vite si nous pourrons les reproduire ou pas en direct. Si nous ne sommes pas capables de reproduire un dessin en deux à trois secondes maximum, nous abandonnons, car le risque est trop grand pour Romain de rater une information importante.

J’ai longtemps cru que j’avais le rôle principal en facilitation graphique. J’ai assez vite compris que non, c’est un ménage à trois avec les cerveaux gauche et droit de Romain

Même si je pense être sous-exploité par rapport à mon potentiel graphique, j’y trouve mon compte car tous ces voyages visuels m’enrichissent. La recherche de la simplicité graphique me fend le bouchon, mais elle est indispensable pour faciliter l’ancrage visuel et la mémorisation de l’information.

J’ai longtemps cru que j’avais le rôle principal en facilitation graphique. J’ai assez vite compris que non, c’est un ménage à trois avec les cerveaux gauche et droit de Romain. Mon rôle d’exécutant d’une tâche fluide et inconsciente me convient bien, c’est très confortable de fureter sur une feuille sans me poser de questions.

Pour une séance de facilitation graphique, nous procédons de la même manière avec en plus une vraie interaction avec les participant(e)s, ce qui rend la tâche plus simple. Je donne de la pointe biseautée de tous les côtés, car les échanges se structurent en direct. Je fais beaucoup de chemin sur la feuille. Parfois, je dois même rayer des informations, un vrai crève-cœur pour moi mais il paraît que c’est pour le bien du groupe qui voit ainsi l’annulation d’une idée ou son évolution pour quelque chose qui s’approche plus de la cible recherchée.

Merci Marco de nous avoir partagé ton point de vue, on s’arrête là pour aujourd’hui.

On se retrouve dans un prochain billet pour découvrir la suite des aventures de Marco le marqueur !


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