En novembre dernier, vous aviez fait la connaissance de Marco, le marqueur favori de Romain, facilitateur graphique. Dans un premier billet, il nous partageait son expérience et nous donnait quelques astuces de préparation pour ses séances de facilitation graphique. Dans la suite de l’interview, il nous en disait plus sur la réaction des clients lorsqu’il sort de sa trousse. Quelles anecdotes va-t-il nous sortir de son chapeau aujourd’hui ? Retrouvons-le sans plus attendre pour la suite et fin de ses aventures !

Laurent Sarrazin : À ton avis‚ dans quels moments particuliers la facilitation graphique crée-t-elle une différence ?

Marco Le Marqueur : C’est un outil qui s’applique en toutes circonstances, dès lors que l’usage des mots devient un frein à la compréhension car sujet à l’interprétation. Plus le sujet de travail est complexe, plus la facilitation graphique aura sa place.

Les êtres humains ne peuvent pas stocker toutes les informations qu’ils entendent. En tant que marqueur, je peux (avec l’aide de Romain ou d’un autre propriétaire). C’est la différence. Nous les libérons donc de cette surcharge de mémorisation au bénéfice de la réflexion et de la génération de nouvelles idées.

La facilitation graphique met en place un cadre interactif pour l’expression et la compréhension des idées. Nous intervenons souvent sur des démarrages de projets, l’élaboration d’une vision produit, la résolution de conflits/problèmes, des séances d’amélioration continue et la modélisation d’un concept à diffuser.

Dis-moi Marco, tu peux nous raconter tes plus belles aventures ?

J’ai en mine (en tête, pour les humains) le démarrage d’une mission de coaching. Romain avait besoin de comprendre l’organisation de l’équipe et les rôles et responsabilités de chacun. Cette simple question a soulevé des débats passionnés et passionnants.

Les non-dits étaient nombreux, les critiques sur le projet sévères et les frustrations accumulées étaient palpables. J’ai ainsi passé plus d’une heure sur à peu près 50 cm² de tableau blanc effaçable à dessiner et à clarifier. Chaque nouvelle flèche d’une personne vers une autre faisait l’objet de questions ou d’objections.

La visualisation des zones de flou dans l’organisation a permis d’apaiser les tensions et d’orienter les échanges vers une issue plus constructive. Nous avons pris en compte la vision de tout le monde et chacun a pu se rendre compte qu’il avait une lecture différente de la situation. C’est en voyant tous ces prismes de lectures que l’équipe a pu décider d’un nouveau mode d’organisation pour avancer, recréer du dialogue et, in fine, se concentrer sur le produit et non plus sur les tensions internes. J’ai fini exsangue et fier du travail accompli !

Dans un domaine plus léger, nous sommes partis en avant-vente avec un client qui avait peu de temps pour présenter son projet et Romain encore moins pour y répondre. Nous étions installés à une terrasse sur une toute petite table, pas un paperboard à l’horizon. Romain a sorti des feuilles A4 et mes cousins, les crayons de papier. Ni une ni deux, tout ce que le client disait était posé sur la feuille pour créer un dialogue et valider que le contexte était bien compris.

L’offre proposée par Romain s’appuyait sur Kanban, la gestion de la complexité systémique, la théorie des contraintes, etc. Autant dire qu’il fallait être précis et sans ambiguïté sur un sujet peu avenant au départ. En moins d’une heure, l’offre était comprise et le client a pu confirmer qu’elle correspondait bien à ses attentes.

Comment décrirais-tu le parcours de Romain‚ de son initiation à maintenant et plus tard ?

C’est une succession d’expériences et de rencontres qui le stimulent, car de nombreuses personnes sont en attente de communication visuelle dans leur environnement de travail souvent saturé par l’usage du verbal, ce qui nuit à la communication. L’intention de Romain est de réchauffer cette communication interne en montrant que la facilitation graphique est un outil, une compétence présente en chacun de nous.

Tout le monde peut en faire un usage. La facilitation graphique est une discipline émergente qui va continuer à se structurer dans les mois et années à venir. Pour l’instant, les personnes voient surtout du dessin, demain ils verront que c’est un catalyseur d’idées, de créativité et d’innovation dans les organisations. Nul doute que je vais devoir m’adapter et changer de mains dans peu de temps. De plus en plus de personnes ne me voient plus comme un tabou mais comme un outil indispensable, si vous saviez comme ça fait du bien de se sentir utile et accepté !

Parle-nous un peu de ta tribu, vous êtes combien ? Comment vous distinguez-vous ? Vous venez d’où ? Y a-t-il plusieurs tribus ?

Nous sommes trop nombreux à mon goût 🙂 Il y en a de toutes les couleurs (des plus pâles au plus foncées), de tous les pays (France, Allemagne, Japon) et de toutes les formes (pointe biseau, fine, épaisse), pour tous les usages (du post-it au A0) et toutes les surfaces (papier, tableau blanc).

Récemment un stylet Bluetooth nous a même rejoints, il faut vivre avec son temps
Marco

J’aime bien faire la fête et danser sur le papier avec d’autres couleurs, mais pas trop sinon le rendu visuel devient illisible et ça ternirait l’ambiance. La petite rose est sexy, la grande bleue me fait fondre, le grand marron c’est mon pote et je ne dis jamais non au beau vert, que dire du orange pétillant !

Romain nous choisit en fonction de la situation. La concurrence est rude, mais il y a du travail pour tout le monde. Récemment un stylet Bluetooth nous a même rejoints, il faut vivre avec son temps. L’ère digitale ne remplacera pas les marqueurs, au contraire. Elle la complète pour des usages graphiques que je ne peux pas satisfaire. Il est plus flexible mais pas encore aussi rapide que moi.

Merci pour tous ces partages. Avant de vous souhaiter de bonnes aventures, j’ai probablement oublié de te poser une question que tu aurais souhaitée. Laquelle ? Une fois que vous avez fini de travailler avec Romain, que faites-vous du résultat ?

C’est une question qu’on nous pose souvent. Dans le cas d’un enregistrement graphique, Romain prend une photo, la nettoie sous Photoshop et la diffuse. Ce compte rendu visuel est utile pour les personnes qui ont assisté à la conférence pour se souvenir de ce qui s’est dit ou pour faire un résumé à quelqu’un qui n’y aurait pas assisté. Au passage, la facilitation graphique permet l’émergence du storytelling.


Dans le cas d’une séance de facilitation graphique, la fresque ou le dessin peuvent servir de compte rendu, mais uniquement pour les personnes présentes. Les absents ne trouvent généralement pas de sens à un dessin qui n’a pas de contexte. Certaines équipes s’en servent aussi comme documentation (pour un processus par exemple). Avec certains clients, les fresques produites sont des livrables d’entrée pour un autre atelier (par exemple, pour une gestion de produit) qui pourra utiliser des jeux et de la facilitation graphique.

Les 4 clés à retenir de l’interview de Marco

  • La facilitation graphique c’est donner du sens aux idées plus que de créer de la beauté par le dessin ;
  • C’est une discipline d’écoute des autres et de soi qui invite au lâcher-prise ;
  • Trop souvent, nous passons à côté des problèmes (et de leurs solutions) parce que nous ne mobilisons pas notre cerveau droit. Il est difficile de décider sur des choses que nous ne voyons pas.
  • Dès que vous entendez : « Vous voyez ce que je veux dire ? », dégainez Marco !

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